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- Cotes de l'Asahi Pentax Spotmatic :
mise à jour du 5 novembre 2011

- Paragraphe sur les champignons
et moisissures dans un objectif :

mise à jour du 14 juin 2011

 

J'ai ressorti mon Asahi Pentax Spotmatic SP II de 1970, qui n'avait pas fait entendre le joli bruit de son obturateur depuis la fin des années Giscard. Je présenterai quelques essais ultérieurement, avec ma pellicule Ilford préférée, qui affiche 50 ASA (pardon : ISO) depuis plusieurs dizaines d'années. Je viens de reconstituer la partie la plus simple de mon labo :  le développement, qui ne tient pas beaucoup de place dans une salle de bain. Mais, pour le tirage, je dois me contenter du scanner, et le résultat n'est pas encore montrable (j'en profite pour recommander MX2, excellente maison où on trouvera tout le nécessaire argentique, au meilleur prix, avec expédition dans les vingt-quatre heures ; il s'agit de vrais passionnés de photo qui animent aussi un blog).

Quelques visiteurs ont manifesté (mots clés) leur intérêt pour la cote du Spotmatic. Elle s'établit, selon l'état, entre 70 et 100 €, avec ou sans objectif, généralement le Super Takumar standard f:1.4/50 mm (dans ce cas, et si c'est un SP II en très bon état, on dépasse les 200 €, mais davantage est excessif). On en trouve sur eBay (avec toutes les réserves nécessaires, notamment lorsqu'il s'agit de vendeurs américains), sur PriceMinister et divers autres sites de vente. Pratiquement pas, en revanche, chez les deux meilleurs vendeurs d'occasion que sont Antique Cameras (surtout des objectifs) et French Camera. Autant dire qu'on peut accéder à cet excellent matériel pour à peine plus que le prix de deux cartouches de cigarettes : le Spotmatic fait plus d'usage et il est meilleur pour la santé.

Il peut paraître intéressant de monter l'objectif 1.4/50 mm de cette relique sur mon Canon EOS 550D (bien qu'une certaine mode du retour aux vieux matériels me paraisse un peu trop snob lorsqu'elle est systématique). Apolobamba vend une bague d'adaptation (19,90 €) : baïonnette EOS d'un côté, et, à l'autre bout, monture à vis M42. Ce format des années 60-70 équipa une quantité de boîtiers de plusieurs marques, dont les Asahi Pentax. Dans le registre des montages à vis, il succédait au format 39 mm des Leica de légende.

Super_Takumar__1_Cette installation ne permet aucun automatisme de mise au point et de Super_Takumar__2_diaphragme. Les réglages se font à la main, avec les bagues idoines de l'objectif. Un problème se pose, sur les appareils modernes : un petit ergot-poussoir, côté boîtier, qui doit commander la fermeture du diaphragme, lors de la prise de vue, ne peut être actionné. S'il n'est pas repoussé par une lame spéciale au Spotmatic, le diaphragme reste à pleine ouverture (nécessaire à la mise au point et au réglage de la profondeur de champ). Je ne m'avancerai pas pour d'autres boîtiers que mon EOS 550D ni pour d'autres bagues que celle achetée chez Apolobamba. Mais mon propre montage n'a présenté aucune difficulté. Ce petit poussoir est inopérant, mais il n'accroche rien. Et on peut s'en passer, car un curseur, sur l'objectif, permet de conserver en permanence la bonne ouverture si on le désire. De toute façon, le mode d'emploi de la bague d'adaptation précise bien que celle-ci doit être vissée sur l'objectif avant le montage de l'ensemble sur la baïonnette de l'appareil. En respectant cette prescription, on ne risque pas d'endommager le boîtier.

Pour l'utilisation, il suffit de paramétrer le boîtier en mode de priorité à l'ouverture. Eviter tout autre mode, qui engendrerait des erreurs d'exposition. Le diaphragme se règle par la couronne correspondante de l'objectif, tandis que l'appareil fixe automatiquement la vitesse d'obturation et la sensibilité (si elle est en mode auto). Si on veut augmenter la vitesse, il suffit... d'ouvrir davantage le diaphragme, et vice-versa. Considérer que ce 50 mm devient un 80 mm avec le capteur APS-C, ce qui en fait une bonne focale pour le portrait.

Super_Takumar__4_L'objectif avec sa bague d'adaptation montée par vissage. On distingue un trait rouge, entre le 8 et le 4 du vernier de profondeur de champ : il supplée le losange rouge central en prise de vue avec filtre et pellicule infrarouges, pour corriger la différence de longueur d'onde entre infrarouge et lumière blanche. Fûté...

Le Super Takumar 1.4/50 mm a toujours joui d'une réputation très flatteuse : excellent piqué et très bon contraste. On relève un minimum d'aberrations chromatiques et de distorsions, alors que l'art optique, à l'époque de conception, n'avait pas atteint les sommets actuels. Les lentilles asphériques, par exemple, n'étaient pas inventées. Mais, comme on ne mégotait ni sur la taille ni sur le poids (240 g de métal et de verre), on pouvait soigner la précision de montage. L'ouverture de 1.4 offre une luminosité maximale et autorise des photos à faible profondeur de champ, avec des bokehs que les huit lames rendent harmonieux.

Que  pouvait donc donner le mien, monté sur un boîtier numérique moderne ? Il me semble que le résultat est plutôt satisfaisant. Certes, l'absence d'autofocus, aggravée par les faiblesses du viseur du 550D, ne permet d'obtenir une parfaite netteté de mise au point qu'avec de l'habitude. Il ne faut pas non plus compter sur l'indulgence des objectifs à stabilisateur : dans les années 1970, cette option n'était même pas envisageable. Ces menus inconvénients mis à part, on n'est pas déçu.

La surprise est bonne, également, en ce qui concerne la qualité des lentilles, confrontées à un capteur numérique (on en compte huit, en deux groupes, sur ce modèle multicoated, au lieu de sept sur les versions précédentes). Malgré l'absence de pare-soleil, je n'ai noté aucun flare exagéré, même en contre-jour. A propos des franges violettes, j'attendais enfin mon test de la tour Eiffel. Je ne pouvais guère compter sur DXO pour les réduire (voir mon article sur le sujet), car cet objectif n'est évidemment pas répertorié dans l'impressionnante base de données du logiciel. Or je n'ai remarqué aucune frange, à quelque ouverture que ce soit. Ni aberrations ni distorsions. Mon avis ne vaut peut-être pas un bon banc d'essai à l'usage de la presse spécialisée, mais la comparaison avec des objectifs modernes ne  me paraît guère désavantager le Super Takumar.

IMG_5916Attention cependant à un danger qui peut se révéler grave : la présence de champignons, sur un objectif ancien qui a connu chaleur, obscurité et humidité (mais les matériels modernes y sont autant exposés). Non pas que des amanites phalloïdes poussent dans les interstices... Il s'agit de champignons microscopiques, qui apparaissent sur les dioptres, entre les lentilles, et qui forment une sorte de réseau de filaments grisâtres, facilement repérables par une observation au travers de l'objectif. Ils se nourrissent de la colle qui maintient entre elles les lentilles d'un groupe. A terme, ces filaments finissent par obscurcir ou voiler l'optique. Comme il n'est pas question de démonter et séparer les lentilles pour un nettoyage, qui coûterait dix fois le prix de l'instrument, le mal est à peu près incurable (un traitement aux UV, semble-t-il, peut arrêter la prolifération). Est-il possible que  ces cochonneries  finissent par contaminer le boîtier puis, de proche en proche, d'autres objectifs ? La plupart des spécialistes  ne croient pas à ce risque et incriminent plutôt le manque de précautions, face aux agressions de l'humidité.

Je viens pourtant de relever un cas de ce genre, signalé sur le forum Chassimages (mise à jour du 14 juin 2011). Un objectif pourri par des filaments de moisissures a contaminé le boîtier, son miroir, le verre de protection du capteur et un autre objectif ! Et cela, semble-t-il, en très peu de temps (verdict de SAV). Donc, en cas d'exhumation de grenier ou lors d'un achat d'occasion, surtout par Internet et si une boîte ou un étui est fourni comme un "plus", méfiance... Je ne donnerai d'ailleurs aucun conseil pour parer le danger, il est plus simple d'indiquer les trois moyens les plus éprouvés de voir les champignons envahir un objectif : l'entreposer durablement à l'obscurité, dans un endroit chaud et à forte hygrométrie...

Conclusion : un choix intéressant pour qui veut ajouter à sa panoplie, sans se ruiner, un objectif de focale fixe moyenne et de bonne qualité. Même en très bon état, ce Super Takumar ne doit pas dépasser de beaucoup la centaine d'euros sur le marché de l'occasion. A quoi il faut ajouter 19,90 € pour la bague d'adaptation. Certains objectifs récents d'une marque prestigieuse, tout aussi dépourvus d'autofocus et de stabilisateur, sont beaucoup plus chers, pour une différence de qualité non significative.

De plus amples précisions techniques sur le Super Takumar 1.4/50 sont consultables ici, sur le site The eyes of the Spotmatic (en français, malgré son titre). Le post d'un forum de Flickr (en anglais), ici, donne aussi quelques indications utiles et présente plusieurs photos significatives.

 

Quelques essais de ce montage, au Trocadéro, à Paris...

Cliquer sur les photos pour les voir dans une meilleure résolution sur Flickr.


Trocad_ro_printemps_2011__8_En couleur...


Trocad_ro_printemps_2011__13_

En noir, à l'ancienne (réduit en niveaux de gris avec DXO). L'éclat de soleil, en haut à gauche, est inévitable dans cette position, surtout sans pare-soleil. Mais on ne relève pas de halos secondaires, ce qui est remarquable, en l'absence du traitement de couche moderne qui réduit le flare en utilisation avec des capteurs numériques. Il semble que le traitement multicoated de ce modèle ait été en avance sur son temps...

 

Trocad_ro_printemps_2011__15_

Et en presque couleur (retraitement avec DXO et Photoshop Eléments).


Voir ici une série de photos prises ce 24 mars avec cet objectif.

 

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