Valérie Boyer, députée des Bouches-du-Rhône, a déposé une proposition de loi visant à encadrer sévèrement l'usage des photos retouchées dans les médias. Cette initiative parlementaire date de septembre 2009, mais elle était passée inaperçue. La députée vient de la réactiver en se disant 71095_36221321325_5763585_nsoutenue par une cinquantaine de ses collègues. Si cette proposition était votée, il deviendrait obligatoire d'indiquer en légende qu'une photo a fait l'objet d'une manipulation.

Pour que la loi ne puisse être contournée, toute illustration devrait être passée au crible d'un logiciel de contrôle, comme Tungstène. On ne sait encore si un nouveau département de police est prévu, avec des contrôleurs de la retouche armés d'un ordinateur portable.

On ignore tout autant si un autre logiciel est en préparation, destiné à débusquer les bobards politiques et hoax en tout genre dans les articles eux-mêmes. J'imagine déjà la mention : "Article ayant fait l'objet d'une déformation de la réalité".

"Aujourd'hui, on est choqué par le mensonge des mots, on peut attaquer en diffamation, alors que celui des photos est non seulement permis mais valorisé", explique Mme Boyer dans une interview accordée à la revue Compétence Photo (N° 22, de mai-juin 2011). Il serait facile de faire observer que, lorsque les mots mentent au point de provoquer un procès en diffamation, il y a une personne lésée qui demande réparation. Tandis que, lorsqu'un visage a été débarrassé de ses rougeurs et de ses poils sur le nez, personne ne se plaint.

C'est justement la retouche publicitaire qui, au départ, a motivé le courroux de la députée. Celle-ci s'est lancée dans une croisade (fort estimable) contre les causes de l'anorexie. Or on connaît le débat : à force de présenter des modèles d'une minceur inquiétante, en forçant la dose par des retouches exagérées, on a créé un type de beauté qui pousse des femmes à l'anorexie, une terrible maladie.

De bonnes raisons

De là à partir en guerre contre toute forme de travail logiciel sur les photos de presse et autres supports publics, il n'y avait qu'un pas. Il est franchi. Le plus intéresant, c'est que plusieurs grandes organisations de photographes professionnels approuvent la proposition. On en discute d'ailleurs au sein de la commission (une de plus) créée par le ministre de la Culture, le 25 mars 2010, à l'effet de "répondre aux grands défis conjoints du numérique, du patrimoine, de la création photo, mais aussi du photojournalisme".

Notons que pour bien manifester l'intérêt qu'il porte aux photographes, le gouvernement a patronné, en avril dernier, la remise d'un trophée à Fotolia, entreprise championne des microstocks, qui ruine le marché en vendant sur Internet des milliers de photos à quelques centimes d'euros pièce. Cette initiative a fait l'objet d'une lettre ouverte de protestation, adressée au ministre Frédéric Mitterrand par Bruno Fourmy, président de l'association PAJ (Photographes, Auteurs, Journalistes). Beau début.

J'ai toujours connu un monde du journalisme, photographes, rédacteurs et gens de micro, farouchement opposé à tout encadrement, qu'il soit éthique, déontologique ou corporatiste. Tant pis pour les excès, considérions-nous en substance, la liberté de publication est à ce prix. Voilà qu'on accepte, voire approuve, qu'une commission ministérielle planche sur le statut des photographes professionnels et que le Parlement tranche de leur liberté de publication. Ils ont, certes, de bonnes raisons de se préoccuper de l'emballement des techniques de communication. Nombre de leurs droits et de leurs vieilles franchises sont menacés. Et l'excès, justement, prend des proportions alarmantes.

Mais rappelons-nous la fable du pavé de l'ours...

 Voir mon sujet sur le débat de la retouche ici et sur l'observatoire du photojournalisme

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