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Mise à jour : 29 octobre 2011 (filtres neutres à densité variable)

Pour ceux seulement intéressés par l'effet Schwarzshild,
je signale que le sujet est traité dans un encadré en fin d'article.

 Pose_longue_lac

La pose longue, quel qu'en soit le but, est devenue un art, et une technique pas toujours facile. Voilà tout de même une étonnante volte-face de l'histoire, puisque les premiers efforts des photographes, au XIXème siècle, ont consisté à réduire le temps de pose pour arriver à l'instantané, puis à la haute, puis à la très haute vitesse d'obturation. Le but ultime de cette course a consisté à photographier une balle de fusil sortant du canon...

Il faut dire qu'on venait de loin, avec des émulsions si dures que les gens devaient se figer dans des200291297334562_9hXo postures interminables s'ils tenaient à se faire tirer un portrait net. Cet imbécile de petit oiseau n'en finissait pas de sortir. Les écoliers des années 1950 s'en souviennent. Selon certains  farceurs, il avait même fallu, au début, prendre la pose la tête en bas, puisque les objectifs renversaient le sujet sur la plaque sensible. Situation à laquelle le grand Daguerre aurait mis un terme, grâce à l'intuition géniale qu'il était plus simple de retourner l'épreuve finale... Admirable inventivité des temps héroïques ! Mais, blague à part, on comprend que la nécessité de progrès rapides se soit imposée.

Aujourd'hui, on revient volontiers à la pose longue de la Belle Epoque, alors que 1914_g25les obturateurs clic-claquent facilement à 1/4000, voire 1/8000 de seconde. La vague figée comme celle d'Hokusai n'est plus de saison. La tendance actuelle est de montrer des fleuves de crème caramel et des cascades de lait (c'est vrai que c'est souvent fascinant, ne cherchons pas la petite bête). Même les photographes sportifs s'y sont mis : les spécialistes de course automobile sont fiers de savoir montrer des bolides de plus en plus nets dans des décors de plus en plus filés. « C'est pour mettre le mouvement en valeur », disent-ils. Mais il ne s'agit que d'une nouvelle convention ! Dans les années 1910, on s'efforçait d'ovaliser les roues des voitures pour donner l'impression de vitesse. Photoshop n'existait pourtant pas. Dans les années 1950, on exagérait les perspectives. Que fera-t-on demain ?

Or la technique ne semble pas suivre le mouvement avec enthousiasme. Rares sont les appareils reflex qui offrent spontanément une pose supérieure à trente secondes (quand je dis "rares", en réalité, je n'en ai repéré aucun). Et on ne rencontre plus guère que des poses B, qui obligent à conserver une pression permanente sur le déclencheur pendant toute la durée souhaitée, ce qui n'est pas très pratique. Les argentiques de ma jeunesse, au moins, proposaient le choix entre ce système et celui du double déclenchement, ouverture-fermeture : la pose T. On pouvait aller dîner tranquillement avant de revenir achever la pose.

Des accessoires complémentaires sont donc indispensables, aussi bien pour maintenir l'appareil photo les yeux ouverts que pour limiter l'entrée de lumière. Ils sont d'ailleurs efficaces et moyennement coûteux. Je vais essayer de vous faire partager ma modeste expérience en la matière... Il ne s'agit pas de tutoriels sur les manières de procéder : on en trouve d'excellents sur de multiples sites, dans la littérature et la presse spécialisées. Plutôt de la présentation de quelques matériels utiles ou carrément incontournables. Les illustrations ne seront pas nombreuses : j'en suis désolé, mais les miennes sont assez peu présentables, et j'évite au maximum de piquer celles des autres (photo du haut : 18 mm, 100 ISO, 1:22.0, deux filtres ND8, deux minutes de pose).

Je distinguerai deux types de situation.

1 - La photo de nuit sans flash et la vue astronomique.

Il s'agit de photographier un paysage urbain ou les étoiles. Les poses peuvent aller de quelques minutes à plusieurs heures.

On sait déjà tout de la préconisation de bloquer le miroir du boîtier pour éviter les vibrations (souci qui me MAN700RC2190Vsemble inutile pour les poses de plusieurs minutes, car ce mouvement de quelques fractions de seconde n'a aucune incidence globale). Je ne m'attarderai pas non plus sur l'indispensable trépied, qui doit être assez robuste pour ne pas onduler sous la brise. Les modèles foisonnent, mais il vaut mieux se résoudre tout de suite à une dépense importante, plutôt que de devoir recasser sa tirelire à bref délai. Prévoir aussi l'équipement équatorial motorisé qui va avec, si on veut suivre une planète avec un 800 mm : l'univers tourne vite et, au-delà de dix secondes de pose, les astres commencent à s'ovaliser. A une minute, ce sont déjà de petits traits. Mais je n'ai aucun conseil à donner, tant l'exercice astronomique réclame un savoir-faire que je présuppose acquis (je recommande tout de même ce site parmi une foule d'autres).

Par contre, on oublie souvent qu'une pose longue fait chauffer le capteur et consomme beaucoup de nikon_grip_mbd200_acourant. Une seule batterie, même chargée à bloc, peut se révéler insuffisante. Penser au grip, sur les appareils qui n'en sont pas équipés d'origine (seuls quelques appareils experts le sont). Leur prix est raisonnable, en proportion de l'avantage qu'on en attend : d'une soixantaine d'euros à rarement plus de 190 €. On peut y installer deux batteries, ce qui double l'autonomie, et, en cas de besoin, des piles AA.

Il est préférable de jumeler des batteries de même marque et, surtout, de même force en milliampères/heure (mAh). Les puristes en pincent pour des batteries de la marque de l'appareil, deux fois plus chères que les lambda proposées par le commerce en ligne. Il est vrai que c'est rassurant, même si l'une et l'autre proviennent parfois de la même usine. Personnellement, j'ai pratiqué les deux sans soucis, et il arrive que les batteries quelconques soient un peu mieux dotées que les autres en mAh, ce qui leur assure théoriquement une meilleure autonomie. Le tout est de choisir un fournisseur de confiance (voir, en fin d'article, la liste que je suggère).

Se souvenir aussi que les batteries rechargeables actuelles, contrairement aux piles Wonder, s'usent même quand on ne s'en sert pas. A la veille de se lancer dans une pose de six heures sur le circuit des étoiles autour de la Polaire, il vaut mieux opérer une dernière recharge.

IMG_3692_DxO

 

 

 

Focale 18 mm - 100 ISO - 1:3.5

Pose de 1,3 seconde.

L'exposition en mode Tv ou Av suffit souvent...




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... tandis qu'ici, une pose d'une minute au moins (au lieu de dix secondes) aurait été nécessaire à un parfait lissage de l'eau du fleuve.

 

 

 

 

 

 

Autre ustensile très utile : un posemètre indépendant. Celui du boîtier rend vite les armes dans la pénombre, puisqu'on n'en attend que des temps de pose de trente secondes au maximum. Sur certains appareils haut de gamme, le fabricant se satisfait tellement de cette limite qu'il a prévu un signal dans le viseur afin d'avertir l'opérateur qu'elle est atteinte et que la machine ne s'aventurera pas plus loin (Canon EOS 1D Mark IV). Quel progrès !

Pour photographier le ciel, il existe des techniques que je considère déjà connues des pratiquants. Mais, pour un décor plus proche, il faut un bon posemètre, faute de quoi on est réduit à tâtonner, ce qui est vite fatigant quand on sait que le traitement logiciel du bruit, par l’appareil, double le délai de prise de vue avant de rendre la main.

Il est vrai aussi que, dans ce genre de travail, la lumière est souvent suffisante pour rester sous les trente secondes accessibles à la cellule du boîtier. Mais il vaut mieux se méfier des écarts de luminosité, dus par exemple au contraste entre l'éclairage public et certains sujets, et le posemètre indépendant peut rester précieux.

Que recommander ? Le choix est vaste. Ma solution personnelle n'est pas exportable : j'utilise une IMG_4321_DxOLunasix 3 de Gossen, achetée dans les années 1970. Comme son nom l'indique, elle est capable de mesurer la clarté produite par la lune. Elle fut longtemps sans rivale. Son utilisation est rendue plus difficile aujourd'hui, du fait qu'on ne trouve plus guère de batteries-boutons à la bonne tension de 1,35 volt. Les batteries de 1,5 volt qu'on est tenté de leur substituer faussent radicalement la mesure. Mais il existe une solution simple à ce problème. Je consacre à la merveille un chapitre détaillé, dans mon article sur le cinéma 16 mm. Il est encore possible d'en trouver d'occasion, à des prix doux, gossen_digisix_aet généralement en bon état car la plupart des possesseurs la bichonnent.

Le mieux est de se tourner vers un posemètre moderne, avec affichage digital, voire une fonction flashmètre. Quelques bonnes marques se partagent le marché : Gossen toujours, Polaris, Sekonik, Kenko, à des prix variant de moins de 100 € à plus de 300 €. Avec une fonction colorimètre, on peut dépasser le millier d'euros, mais c'est d'un usage très pro. Il suffit de taper "posemètre" sur Google pour être abondamment informé des catalogues (je donne un lien de site recommandable en fin d'article). Ne pas chipoter : j'ai oublié depuis longtemps combien j'avais payé ma Lunasix, mais voilà quarante ans qu'elle me rend le meilleur service. D'ailleurs, par pur sentimentalisme, j'ai un faible pour la Digisix de Gossen, à lecture numérique mais qui conserve, comme sa vénérable ancêtre, une couronne crantée pratique pour lire directement les correspondances diaphragme-vitesse.

Dans la catégorie de la photo de nuit, je rangerai enfin la mode récente du light painting, ou pinceau lumineux, à laquelle j'ai consacré un petit sujet. On en apprendra plus sur le site de Cristopher Hibbert, l'un des meilleurs spécialistes actuels. Comme matériel, cela n'exige qu'une ou deux lampes de poche et quelques filtres de couleur, facilement réalisables avec des moyens de fortune. Et si on veut vraiment se fondre dans la nuit, derrière ses dessins de lumière, l'uniforme du monte-en-l'air de cinéma est de rigueur : pantalon noir, pull over noir, cagoule noire. Eviter, dans ce cas, les patrouilles de police.

Pour l'ensemble de ces pratiques, il y a un accessoire dont on ne peut absolument pas se passer : la télécommande programmable. J'en reparle plus loin, dans un chapitre particulier.

2 - La photo de jour avec flou aquatique.

Comme je l'ai dit, il s'agit essentiellement de donner un velouté esthétique aux étendues d'eau ordinairement agitées, ou de rendre fluide le mouvement d'une cascade ou d'un torrent. Le système est également efficace pour faire disparaître des éléments mobiles indésirables : touristes sur un site fréquenté, véhicules en mouvement dans un paysage urbain, etc. On trouvera plusiseurs belles photos d'effacement de véhicules sur un échangeur autoroutier, présentées dans le forum Luxilia ici.

Lorsque la lumière est importante, réduire la sensibilité à 100 ISO et fermer le diaphragme à 32 ne suffit pas à assurer une pose assez longue sans risquer la surexposition. Il faut alors utiliser des filtres gris neutres, dits ND (pour neutral density). Neutres parce qu'ils ne modifient en rien les couleurs. Ils se contentent de réduire le flux de lumière. Et, sauf montée du bruit en pose longue (voir plus loin), cet accessoire ne provoque aucune atteinte au piqué ou au contraste.

Il ne faut pas imaginer se passer de ces filtres. Une pose de trois, cinq ou dix secondes est insuffisante, dans la plupart des cas, pour obtenir un rendu intéressant. Le problème est que plus on veut soigner ses effets, donc plus on veut allonger la pose, et plus le filtrage doit être fort. Or les filtres de haute valeur filtrante ne se trouvent pas chez n'importe quel fournisseur, et ils atteignent vite des prix élevés, avec des variations d'une quarantaine d'euros selon le diamètre. Même les plus faibles peuvent être chers, car il ne faut pas lésiner, dès qu'on place quelque chose devant l'objectif. Un filtre bon marché peut avoir été réalisé dans une matière bas de gamme, selon des procédés de grande série, et risque de détériorer gravement la qualité optique de l'objectif le plus huppé. La règle s'applique à tous les genres de filtres : UV, polarisants, etc.

IMG_4562_DxO100 ISO, 2 secondes, 1:22.0, sans filtre ni pied : l'appareil posé sur un parapet de pierre, et moi écrasé dessus pour le bloquer. Le résultat est peu convaincant, du fait d'une pose trop courte...
IMG_4564_DxO


 


 

 


 

... mais plus intéressant toutefois que l'instantané de la même Seine... euh... scène.

 L'indice de filtrage est heureusement standard. Cela va de ND2 à ND1000. Le ND2 fait perdre deux valeurs d'exposition, le ND4 en fait perdre quatre. C'est-à-dire qu’un temps de pose d’une seconde sans filtre passe à quatre secondes avec un ND4, à diaphragme égal. On peut superposer deux filtres. Par exemple, un ND2 et un ND4, les indices se multipliant pour produire un ND8.

De ND2 à ND8, les prix sont encore raisonnables pour de petits diamètres : une quinzaine d'euros les excellents Cokin de 55 mm, mais déjà une soixantaine d'euros à 82 mm. A ce niveau, le diamètre influe davantage sur le prix que l’indice. Ensuite, on passe largement la centaine d’euros, et l’offre se raréfie : il est difficile de trouver des ND1000 pour les plus grands diamètres.

HAMA79367On peut donc se contenter de la solution multiplicatrice des bas indices sans se ruiner, mais les spécialistes lui préfèrent l’usage direct des filtres ND800 ou ND1000. D'abord parce que cela permet d'emblée d'atteindre de longs temps de pose. Ensuite parce que la superposition de filtres multiplie aussi les défauts éventuels de chacun. On imagine le monstre, si un filtre UV et/ou un polarisant sont déjà montés, souvent à demeure, avec le vignettage qui en résulte en courte focale. De plus, la multiplication des verres accroît le risque de flare, lorsqu'on est plus ou moins face au soleil (le fabricant de l'objectif se sera donné assez de mal pour limiter les rebonds de reflets, d'un groupe de lentilles à l'autre, grâce à des traitements multicouches, il vaut mieux ne pas en rajouter).

Reste le sujet des filtres à densité variable, qui ne sont rien d'autre que deux filtres polarisantsvarixstack acccouplés, l'un fixe, côté objectif, l'autre rotatif. Le croisement des polarisations réduit plus ou moins la luminosité. L'expérience montre que cette solution, très pratique et de plus en plus en vogue, nécessite l'emploi de filtres de haute qualité, et donc coûteux, eux aussi. Faute de quoi, on constate une dégradation du piqué et du contraste, ainsi que des défauts de coloration qui peuvent être difficiles à corriger en post-traitement. On trouvera ici un test intéressant en anglais, avec photos comparées (ou alors pour les non-anglophones qui aiment la poésie de Google Traduction). Mais les conclusions de l'auteur sont contestables, de par le choix des paramètres de prise de vue. J'y reviendrai dans un prochain article. A titre indicatif, un Hama ND2-ND400 de 72 mm de diamètre est à 43,91 € chez Digit Photo, tandis qu'un relatif équivalent Héliopan est à 190 €, et on peut dépasser les 300 € chez Kenko, voire franchir les 500 € avec certains Singh-Ray, ce qui se fait de mieux. Comme disait ma grand-mère, faut quand même en avoir l'usage...

Dernière question : comment mesurer la lumière, et donc établir les paramètres de réglage du temps de pose ? En dessous des trente secondes butoirs, on peut s'en remettre à la cellule du boîtier, une fois le ou les filtres en place. Il suffit de fermer le diaphragme, de réduire la sensibilité au maximum et de laisser l'appareil fixer le temps de pose.

Au-delà, c'est plus compliqué. Il faut mesurer la lumière avant de placer les filtres et opérer un calcul de conversion (on peut aussi essayer de placer le jeu de filtres devant l'opercule d'un posemètre et effectuer une mesure de cette façon). Ce n'est pas la mer à boire, même s'il s'agit de la transformer en lait, mais une erreur de calcul peut faire perdre beaucoup de temps. Or le système hexadécimal des tranches horaires se croise mal avec le système métrique des calculettes. Le mieux est de garder sur soi un tableau de conversion, qu'on aura avantage à réaliser soi-même en fonction de ses habitudes et de son matériel. On en trouve un certain nombre sur Internet, par exemple celui-là, proposé par le site de vente HyperCamera, qui donne une idée des possibilités.

Tableau_filtres_ND

On notera que, rien n'étant complètement simple, en photo, un filtre ND1000 requiert une augmentation du temps de pose d'un facteur réel de 1 024. Il s'agit de la correspondance avec le diaphragme, dont chaque cran équivaut à un doublement de l'exposition, soit, dans le cas du ND1000, deux multiplié dix fois par lui même. On retrouve cette nuance dans les tableaux de correction généralement publiés, dont celui ci-dessus. Mais elle est négligeable, même pour les très longues expositions, et il est permis d'arrondir les calculs sans prendre de risque. D'autre part, en numérique, il n'y a pas lieu de majorer l'exposition au titre de l'effet Schwarzschild, comme on le lit parfois. J'y consacre un chapitre plus loin.

 

La télécommande

C’est l’accessoire irremplaçable. Il y a trois types de télécommande :

1 - La petite, à infrarouge, souvent livrée avec l’appareil ou d’un coût modique. Elle permet, en visant un capteur placé sur la face avant du boîtier, de se photographier soi-même ou en groupe. Son utilité dans les travaux de nuit est à peu près nulle.

2 - La commande filaire, reliée à une prise spéciale du boîtier et qui offre, mais à distance, les ARCA2469A002mêmes services que le bouton déclencheur. C’est pourquoi il faut choisir le modèle que la marque propose en option. Pour les déclenchements sans appui sur le boîtier, en instantané ou en pose B, c’est un équipement suffisant qui évitera les faux mouvements et 99 % des vibrations (le 1 % restant est provoqué par le mouvement du miroir, qu’on peut neutraliser). Sur ce modèle, un verrou permet de ne pas rester le doigt sur le bouton. Compter une quinzaine d’euros pour une Canon. Mais ce dispositif trouve vite ses limites dans les poses longues.

3 - La commande programmable, elle-même existant en deux types : radiocommandée ou à infrarouge, cette dernière avec une portée d’une quinzaine de mètres, nécessitant une vision directe entre l’émetteur et le récepteur encliqué sur le boîtier.

Je ne m’appesantirai pas sur les avantages de la radiocommande : portée d’une centaine de mètres, 111_T_l_commandesans souci des obstacles, universalité qui permet de déclencher à distance un appareil aussi bien qu’un flash. Un modèle dépasse les autres, pour l’ensemble des options offertes, à un prix raisonnable (entre 70 et 100 € selon les fournisseurs) : le Hahnel Giga T Pro (ci-contre). Citons aussi le Phottix, assez complet pour son prix (64,90 €).

Parmi les appareils à liaison infrarouge, le Jenis, une exclusivité d'Apolobamba  (89,90 €), me paraît arriver en tête. Le Giga T Pro et celui-là offrent des options comparables, fort utiles. Ils permettent de programmer une exposition, en temps et heure, soit pour une pose longue, soit pour une série à cadence réglable (par exemple pour suivre l’éclosion d’une fleur). Un afficheur digital facilite les opérations. A la différence de la radiocommande, l’infrarouge réclame une vue directe entre récepteur et émetteur, ce dernier devant au surplus être positionné dans la bonne direction (et y rester), ce qui n’est pas toujours commode à installer.

Dans les deux cas, le récepteur occupe la place du flash sur la griffe porte-accessoire de l’appareil. Ce n’est pas obligatoire, puisque la liaison avec le boîtier se fait par fil. C’est préférable pour assurer une bonne stabilité de la communication avec l’émetteur. Mais si on a besoin d'utiliser le flash, en pose longue et avec télécommande, cela devient une usine à gaz qui exige de la méthode et un certain doigté (le  réglage du flash au second rideau est recommandé si on l'utilise pour agrémenter un light painting de trente secondes, puisque son déclenchement automatique signale la fin de pose et ne réclame aucune intervention particulière de l'opérateur, déjà très occupé par ses arabesques).

Signalons pour mémoire les télécommandes équipées d'une vidéo, qui facilitent la photographie animalière.

J'ai pu repérer enfin la curiosité d'internautes (grâce aux mots clés utilisés) à propos du déclenchement par laser, dans la photo animalière. Bien que le système dépasse un peu le cadre de notre sujet, mais concerne tout de même la photo de nuit, je crois utile de lui consacrer un encadré en fin d'article (mise à jour du 7 août 2011).

Voilà. On vise, on cadre, on calcule, on déclenche et on va se coucher. Le lendemain, on vient relever les compteurs... A quand un tel équipement de série, au moins sur les appareils experts, au lieu de cette option B, appelée ridiculement Bulb, nichée au fond d’un programme et qui attend de l’utilisateur une présence active ?

Ah, avant de conclure, j’oubliais un accessoire qui a son intérêt, pour la photo de nuit : une lampe de poche convenable et convenablement chargée, avec des piles de rechange pas loin.

 

Les poses longues et le bruit

En numérique, les longues poses font monter le bruit. Cet excès de bruit est dû à l'échauffement du capteur. Une option des appareils modernes, pas seulement reflex, permet d'y remédier de façon logicielle, mais au prix d'un temps de traitement égal à celui de la prise de vue : l'appareil prend automatiquement une seconde photo, obturateur fermé, ce qui lui permet de repérer les pixels chauds et de les soustraire de la photo initiale (c'est le dark). D'où ce busy qui paraît interminable mais dont il faut s'accommoder. Il suffit de choisir l'option "réduction du bruit en pose longue", dans le menu de son appareil (la plupart des compacts disposent automatiquement de cette fonction, qui déroute les non initiés).

Profitons-en pour signaler que les meilleures photos de nuit se prennent sous le moins d'ISO possibles. Si on veut limiter le bruit, il vaut mieux augmenter le temps de pose que la sensibilité. Cela ne contredit pas le paragraphe précédent, puisque le traitement automatique est efficace. D'où l'intérêt majeur de tout l'attirail que je viens de détailler.


Effet Schwarzschild ou non ?

Pour les longues poses de nuit (ou de jour sous des filtres à très haute densité), doit-on se préoccuper de l'effet Schwarzschild ? En numérique, la réponse est clairement non. C'est un effet qui ne concerne que l'argentique. De quoi s'agit-il ? De l'aberration d'un principe simple, dit "de réciprocité", lequel principe pourrait se résumer ainsi : pour x fois moins de lumière, il faut multiplier le temps de pose par x, et réciproquement. Logique.

L'effet Schwarzschild s'oppose à cette logique lorsque la pose dépasse une certaine durée, c'est à direGraphique_R_ciprocit_  Karlqu'il convient de majorer le temps de pose d'un certain coefficient, au fur et à mesure que le posemètre indique une pose plus longue. Cette augmentation du temps de pose n'est donc pas linéaire mais s'exprime par une courbe. Pourquoi ? La cause est chimique. La sensibilité des émulsions argentiques décroit relativement au long de l'exposition, pour diverses raisons, au point même qu'à un certain stade, elle devient nulle (augmenter encore l'exposition n'apporte plus aucun détail supplémentaire). C'est négligeable pour les instantanés mais pose de sérieux problèmes dans la photographie astronomique, problèmes auxquels les spécialistes ont apporté des solutions tant mathématiques que matérielles.

Nombreux sont donc les photographes qui connaissent ce nom difficile à écrire, mais l'astrophysicien allemand Karl Schwarzschild (1873-1916), auteur de cette théorie, mérite d'être mieux connu. Il proposa une équation précise du fameux effet, grâce à laquelle on ne travaille pas au jugé, mais qui n'est pas pour autant facile à utiliser au quotidien. Cette formule est la suivante : i = ƒ(I . tp). Ou  i  est la densité optique de l'émulsion photographique choisie, égale à une fonction ƒ de I (intensité de la source), t représentant le temps d'exposition, et p un exposant spécifique, défini par le physicien. Heureusement, les bons fabricants de pellicule nous facilitent la vie en publiant un diagramme de correction pour chaque type d'émulsion. Karl Schwarzschild ne s'est pas contenté de cette découverte. Ce génie de la science, trop tôt disparu, a apporté les premières démonstrations expérimentales de la théorie de la relativité d'Einstein, en particulier en fournissant des éléments de calcul déterminants pour l'étude des trous noirs (rayon de Schwarzschild).

Attention à ne pas confondre le principe de réciprocité avec son adversaire, l'effet Schwarzschild, comme on le constate parfois, et jusque dans les textes les plus sérieux : on relève cette confusion, par exemple, dans le commentaire produit par Ilford à l'appui du diagramme que je publie en illustration...

Qu'on se rassure, donc : les capteurs numériques ne souffrent pas de cette aberration, quoi qu'en disent certains. Le principe de réciprocité peut jouer à plein et, pour 1 000 fois moins de lumière, il faut multiplier le temps de pose par 1 000 et non par 1 325 ou 1 618. On peut donc s'en remettre au posemètre les yeux fermés. Enfin, pas tout à fait fermés quand même.

 

Le déclenchement automatique
(mise à jour du 7 août 2011, le sujet ayant suscité plusieurs mots clés)

En photographie animalière, un déclenchement automatique peut être utile. Dans ce cas, c'est l'animal lui-même qui actionne la prise de vue, lorsqu'il se présente dans le champ. Cela épargne à l'opérateur de longs moments de veille et la nécessité de réflexes rapides. Plusieurs systèmes existent, dont le faisceau laser, sans doute le plus connu... et souvent le moins pratique. En effet, il nécessite un alignement si précis que l'animal peut ne pas couper le rayon, ou se trouver dans une position peu photogénique. Certains spécialistes installent jusqu'à dix ou quinze dispositifs, formant une espèce de cage, dans laquelle l'animal est piégé. On imagine le coût. A ce niveau, on se demande même si c'est encore un travail de photographe ou d'électronicien. Deux autres systèmes sont possibles, qui limitent notamment une multiplication du déclenchement lorsque l'animal reste dans le champ : la barrière infrarouge, éventuellement accompagnée d'un accessoire à miroir, et le détecteur sonore.

Pour la photo de nuit, il faut signaler deux problèmes de temps de veille : celui de l'appareil et celui du flash. L'extinction automatique peut être désactivée sur l'appareil, mais la veille est consommatrice de courant. Sur le flash, c'est impossible. Il faut lui appliquer une alimentation externe. De toute manière, le temps de réaction de l'un et de l'autre peut dépasser de quelques fractions de seconde le signal donné par le dispositif de repérage.

En conclusion, pour être efficace, l'automatisme est affaire d'expérience, de matériel sophistiqué et relativement cher : plus de 300 € pour le laser et l'infrarouge (voir adresse recommandée, ci-dessous).

 

Quelques fournisseurs de bonne réputation

Grips
Amazon (avec parfois un ensemble grip-batteries pour un prix très modéré), MissNumérique, Digit Photo.

Batteries
Amazon, AboutBatteries, 100 000 volts.

Posemètres
MissNumérique.

Filtres ND (on trouvera vite la limite dans les hauts indices et grands diamètres)
Digit Photo, Comptoir Espace, HyperCamera, Heliopan (Lapetiteboutiquephoto.com).

Télécommandes programmables
Digit Photo, Apolobamba.

Dispositifs automatiques
Jama

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